« Le film culte de John Carpenter », « Un classique du cinéma d’épouvante », « Une date dans l’histoire du cinéma », « Le film le plus rentable de tous les temps », « Le film qui révéla Jamie Lee Curtis », « Un film conseillé par Félix Boiché »... Bien nombreuses sont les phrases d’accroche qu’on pourrait trouver sur la jaquette d’un DVD ou d’une K7 de Halloween tant ce film a acquis une immense popularité au fil du temps. Une popularité évidemment entretenue par la dizaine de suites qui en ont été faite (8, jusqu’à présent, mais je doute que ça s’arrête là étant donné que chaque film se rembourse sans difficulté, ne serait-ce que par la vidéo).
En effet, qui ne connaît pas cette histoire où un grand type à la démarche d’automate, portant un masque blanc inexpressif, vient éliminer une à une de jeunes baby-sitters et leurs petits copains durant la nuit d’Halloween ? Quelles oreilles n’ont jamais été atteintes par le fameux thème musical du film, à la cadence angoissante ? Et qui n’a tout simplement jamais entendu parler de ce film ? Certainement personne qui s’intéresse un peu au cinéma.
Sur le DVD que j’ai, il est inscrit « Le film culte de John Carpenter ». Je l’avais commandé sur Internet pour la modique somme de 2€. Etrangement, il n’existe encore aucune version DVD soignée de ce film. Cela doit s’expliquer par des problèmes juridiques (ça arrive souvent avec les Carpenter)... à moins qu’ils attendent le 30ième anniversaire du film ; je ne sais pas. Sur celui que je possède, les quelques bonus sont des pages à lire à l’écran, elles se résument à : un petit explicatif de ce qu’est la fête d’Halloween, un court éventail des critiques excellentes que le film reçut à sa sortie et enfin, un bref récapitulatif des suites qui ont été faites au film. Bref, que des bonus d’une interactivité douteuse. Vivement qu’arrive un DVD qui rende honneur au film. Ne serait-ce qu’un commentaire audio de John Carpenter, ce serait déjà super ! Tous les commentaires audio qu’a fait Carpenter sur ses DVD sont de véritables régals pour les fans et sont aussi très reconnus par les critiques spécialisées en DVD. Enfin bon, je divague un peu du sujet de départ là...

L’affiche du film
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Si vous n’avez encore jamais vu Halloween, c’est quelque chose que je vous propose de faire le plus rapidement possible, ne serait-ce que pour enrichir votre culture personnelle. Mais attention : ne le regardez pas en adoptant la même attitude déplorable que les personnages de Scream ! Surtout pas ! Je vais vous expliquer pourquoi. Comme pour tous les films d’horreur qui font réellement peur, il ne faut pas tenter de prendre de la distance en se protégeant grâce au rire et au second degré, tout ça formant une sorte de barrière contre la peur. J’ai pris conscience de ça lorsque je suis allé voir L’Exorciste au cinéma : il y avait beaucoup de poufiasses et de connards qui riaient compulsivement lors des scènes chocs du film ; comme s’ils souhaitaient désamorcer le malaise créé par Friedkin. Pour véritablement apprécier ces films, il faut se laisser entraîner dans le malaise et non le refuser. Agir ainsi est une forme de respect pour l’œuvre et je pense que seuls les véritables amateurs de films d’horreur en sont capables. C’est d’ailleurs un petit détail que je reproche à Scream où le personnage de Randy, supposé être un fan de films d’horreur, s’amuse à démonter Halloween scène par scène et à en rire. Or, si Randy était un véritable amateur du genre, il se montrerait respectueux envers l’œuvre de John Carpenter et se vexerait fortement de voir ses amis rigoler. Heureusement, Randy sera sévèrement puni par le tueur masqué quelques instants plus tard et, on peut alors dire que Scream respecte le genre. Enfin, c’est ma façon de voir les choses en tout cas. Malgré tout, je reconnais qu’il est parfois difficile de ne pas regarder Halloween sans s’amuser à prédire tout ce qui va se passer, tant les situations ont été copiées par la suite. De plus, il est aussi très difficile de se « mettre en situation » lors de chaque vision de film, d’autant plus lorsqu’on l’adore et qu’on a donc souvent envie de le voir.
Voilà que je m’égare encore dans des propos qui risquent d’en désintéresser plus d’un... Mais je devais dire tout ça pour parler d’Halloween. Car ce film fait évidemment partie de ceux qui font réellement peur. Une peur différente de celle provoquée par un film comme L’Exorciste, une peur basée sur le suspense.
J’ai eu la chance de découvrir Halloween assez tôt. Avant d’autres classiques tels L’Exorciste, Rosemary’s Baby, The Thing, Evil Dead et bien d’autres... Mais après le Psychose, d’Hitchcock, LE film qui donna envie à Carpenter de faire son Halloween. Bref, je me rends compte que j’ai vu Halloween pile au bon moment : juste après avoir vu le film qui l’influença et suffisamment tôt pour avoir su par la suite repérer à quel point il avait influencé le cinéma d’horreur (en fondant un nouveau genre : le slasher* - film mettant en scène un tueur décimant tout sur son passage, et essentiellement des groupes de jeunes forniqueurs, peuplé depuis par beaucoup de daubes irregardables).

John Carpenter
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C’était un mercredi après-midi ensoleillé. J’ai tiré les rideaux du salon pour qu’il n’y ait aucun reflet sur l’écran de télévision et j’ai lancé la cassette. Le film avait été diffusé sur M6. Mes parents étant abonnés à Télérama, j’avais pu lire et relire leur critique enthousiaste (2 T Noirs, chose extrêmement rare pour ce genre de film) ainsi qu’admirer la jolie photo tirée du film. A coup sûr, ce film était différent de tous les films d’horreur que j’avais pu voir précédemment. Rien que grâce à cette photo, je pouvais voir qu’il était... comment dire... « beau à regarder ». Je me suis installé en face de la télé, à 2-3 mètres et, une fois la scène d’introduction achevée, j’avais déjà reculé de quelques pas. J’avais jamais regardé un film d’horreur en étant aussi éloigné de l’écran. J’avais peur mais j’étais tellement excité qu’il m’était impossible d’appuyer sur « Stop », d’ailleurs, ça ne me venait même pas à l’idée. J’aimais ça, pour la première fois.
La scène d’introduction a effectivement de quoi surprendre. Comment un film peut-il démarrer mieux que ça et de façon si brusque ? Vue subjective, placée très bas, qui observe une maison, de nuit, dont les lumières s’éteignent une à une. Le spectateur est mis à la place de l’enfant qui observe et rôde autour de la maison. A l’intérieur, une fille et un garçon se câlinent ; ils finissent par monter les escaliers pour poursuivre leurs actes dans la chambre qu’on devine à l’étage. Tout se fait dans le même plan, en vue subjective, pour la première fois utilisée de cette façon. On entre dans la maison après qu’une petite main est tirée la poignée de la porte. La caméra avance lentement et nous montre cette même main ouvrir un tiroir et se saisir d’un long couteau de cuisine, ceux que seuls les américains (ou les bouchers) possèdent. Après un peu de temps d’observation où l’on entend les gémissements du couple, le garçon descend les escaliers et s’en va. On monte alors doucement l’escalier, en direction de la chambre. La main ramasse un masque par terre et le pose. On n’y voit plus qu’à travers deux petits trous, le reste étant caché par le masque. Après être entré dans la chambre, on découvre la jeune fille, nue, en train de se coiffer ses longs cheveux, en s’admirant dans un miroir. Elle est jolie et a l’air heureuse. Elle se retourne, surprise, voyant la petite personne en face d’elle lever son couteau et lui enfoncer dans le dos à plusieurs reprises. On descend les escaliers et un bruit de respiration apparaît, on est essoufflé. Même plan, même vue subjective. La vue subjective s’arrête lorsque ce qui semble être les parents du petit garçon (qu’on découvre) lui retirent son masque de la tête. Retrait du masque puis plan en zoom arrière. On se rend compte qu’on était dans la peau d’un mignon petit garçon. Il tient un couteau ensanglanté dans sa main et ne sait apparemment pas trop ce qui lui arrive. Fin de la scène d’introduction, qui n’est pratiquement qu’un seul et même plan. Peut-être l’une des scènes les plus impressionnantes et les plus maîtrisée de toute la filmographie de John Carpenter. Et moi, à peine âgé de 10 ou 11 ans, qui regarde ça, les yeux grands ouverts, sous le choc. Cette scène est dérangeante dans le sens où elle identifie le spectateur au tueur, par la caméra subjective.
Avant ça, les films d’horreur que je regardais me faisaient le plus souvent rire. Je les enregistrai histoire de voir du sang, des choses normalement interdites, qui ne sont « pas de mon âge » ; comme la plupart des autres gamins. C’est avec Halloween que tout a changé et que tout a commencé. C’est avec ce film que je me suis mis a réellement aimé les films d’horreur. Le film aurait pu s’arrêter là, ç’aurait été pareil. Mais non, ce n’était que le début.
La deuxième scène apporte également son lot de frissons. Le docteur Loomis (interprété par Donald Pleasance, un acteur fétiche et ami proche de Carpenter) va en voiture, de nuit et sous la pluie, à un hôpital psychiatrique accompagné d’une infirmière. Alors qu’ils parlent d’un malade particulièrement dangereux, ils découvrent que tous les fous sont dehors et commencent à paniquer. Le docteur sort de la voiture. L’infirmière restée à l’intérieur se fait attaquer par un individus dont on ne voit pas le visage. Il l’effraie et s’empare de la voiture. Le docteur Loomis s’affole : il sait que « Il » s’est échappé.
« Haddonfield, 20 ans plus tard, la veille d’Halloween ». Une voix-off malvenue nous explique rapidement ce qu’est la fête d’Halloween. On aurait pu se passer de cet ajout de la version française. D’ailleurs, à l’époque où il est sorti, le film fut renommé La Nuit des Masques car les distributeurs pensaient que la fête d’Halloween n’était pas assez populaire en France. Ils avaient certainement raison. De plus, La Nuit des Masques, c’est plutôt un joli titre, vous ne trouvez pas ? Cependant, il n’est désormais plus beaucoup utilisé, Halloween s’appelle Halloween dans tous les pays, même en France, où cette fête a acquis pas mal de popularité.
En découvrant les plans larges des rues vides d’Haddonfield (une banlieue banale dans l’Illinois) où des feuilles mortes flottent transportées par le vent d’automne, je fus rassuré. Rassuré que la tension ait nettement baissé après ces deux scènes d’introduction tétanisantes. Ces rues sont traversées par Laurie (Jamie Lee Curtis), une jolie lycéenne. Elle est rejointe par un petit garçon. Curieux, il l’interroge sur la maison inhabitée au bord du chemin, réputée hantée. C’est la maison de la toute première scène, la maison des Myers, dans laquelle a eu lieu le premier meurtre. On devine alors une silhouette a l’intérieur. Laurie et le petit garçon s’éloignent et débute alors un jeu de cache-cache particulièrement stressant. Mais j’arrête de tout vous raconter car ce n’est pas du tout mon but et que j’en aurai encore pour longtemps...

Le film se poursuit et la tension monte en crescendo. On est à la fois émerveillé et terrifié. Emerveillé par la beauté des images, l’harmonie des couleurs ; et terrifié par les furtives apparitions du tueur, toutes aussi surprenantes les unes que les autres. L’allure du tueur est très réussie. Vêtu d’une combinaison noire et d’un masque blanc inexpressif, cette simplicité a la faculté d’éveillé la curiosité du spectateur, sa fascination pour cet individus menaçant. A un moment, un petit garçon, sortant à toute allure d’une cour de récréation, vient se heurter au tueur. Ce dernier l’empêche de tomber et le laisse s’en aller. Cette séquence, qui peut paraître banale, a un grand effet sur le spectateur qui se sera imaginé toutes les horreurs possibles de la part du tueur. Elle peut également témoigner de toute la maîtrise de Carpenter qui mène le spectateur par le bout du nez.
La musique a une place considérable dans Halloween. C’est un élément clé du film tant il permet la montée de l’angoisse. Simple et efficace, elle a été composé par Carpenter lui-même qui, insatisfait du résultat lors de la fin du tournage, s’est mis en tête de sauver le film grâce à la musique. Il ne fait aucun doute qu’il y ait parvenu à merveille. Le thème musical d’Halloween deviendra tout simplement l’un des plus connus du 7ème art. D’ailleurs, Halloween pourrait très bien être un film muet et se passer des dialogues. Il n’y a pas besoin d’explications pour comprendre le film, les images et la musique se suffisent à elles-mêmes. Parmi les autres films de Carpenter, nous pourrions faire la même remarque pour They Live (Invasion Los Angeles), un autre film purement visuel. Ainsi, j’en viens à dire qu’Halloween est un film sur le regard et le point de vue. Rarement la profondeur du champ n’aura été aussi bien utilisé dans un film de trouille. Rarement le spectateur aura autant été appelé à poser les yeux partout sur l’image afin de comprendre ce qui se passe. La beauté de la lumière et des éclairages est également à souligner. Tout se fait dans la nuance, dans la subtilité, ce qui fait que le film supporte très bien de se regarder plusieurs fois. Le plaisir des yeux étant toujours le même à chaque vision du film.
A sa sortie, Halloween devint le film indépendant le plus rentable de toute l’histoire du cinéma, en rapportant plus de 60 millions de dollar au box-office aux USA (un exploit pour l’époque) pour un budget ridicule. Le succés du film réside dans le fait qu’il concernait les gens qui sont allés le voir, car il se déroule dans une petite ville ordinaire, une banlieue tout à fait banale.
Certains critiques reprochèrent au film d’être réactionnaire en mettant en avant le fait que la seule survivante était la seule baby-sitter qui soit vierge. Or, réactionnaire, c’est bien quelque chose que Carpenter n’est pas. Lui-même explique cela simplement par le fait que Laurie, par sa solitude, est plus réceptive aux choses qui l’entourent et donc plus autonome. D’autres mauvaises langues déclarèrent que Carpenter avait prévu son coup en faisant une fin ouverte en prévision d’une suite. Mais là encore, les personnes qui disent ça se trompent. Le dernier plan du film se justifie parce que le tueur est un être surnaturel et indestructible. Il est logique qu’il soit toujours vivant. De plus, John Carpenter est conscient que les meilleurs films sont ceux qui ont des fins ambiguës.
En s’inspirant de Psychose et en donnant une dimension surnaturelle à son film (le tueur est une incarnation du Mal), Carpenter rentre directement dans l’histoire du cinéma en signant un chef d’œuvre du genre, un film parfait, qui sera maintes fois imité mais jamais égalé. Carpenter s’imposera par la suite comme une valeur sûre puis un réalisateur culte et enfin, un grand metteur en scène unanimement reconnu par le public et la critique (bien sûr, il existera toujours des réfractaires).
A présent, je vais dire quelques mots des dernières minutes du film. La fin d’Halloween doit être l’une des meilleures conclusions jamais faite. Selon moi, un film d’horreur ne peut pas se terminer d’une meilleure façon. Elle me laissa sous le choc et, lors de la première vision, j’en suis resté groggy durant tout le restant de la journée. J’ai tout de suite mis la cassette de côté et ce fut le début d’une petite collection. Personne ne pouvait l’effacer. J’avais rendu cela impossible en modifiant la cassette et j’avais aussi mis, au cas où, un lot de menaces pour quiconque serait mal avisé. C’était le film que je voulais. J’avais vu mon premier film de John Carpenter.