Difficile pour un oiseau d’avoir une peur bleue chaque fois qu’il faut prendre un avion, difficile la vie de Star, difficile quant on est réservé, presque effacé et lorsque qu’on ne sourit jamais sur les photos, que l’on garde ses secrets pour soit, alors Gene Clark quitte les Byrds en 1966 pendant l’enregistrement de leurs troisième album ; pourtant Clark est l’Oyseau le plus doué, compositeur principal du groupe et créateur du crucial Eight Miles High, merveilleuse naissance du rock psychédélique.
Petit retour en arrière. Gene Clark est né dans le Missouri ; ses parents sont de souche paysanne et il est l’aîné de treize enfants (malheur) ; jeune il apprend la mandoline et la guitare et joue dans une multitude de petits groupes folk, très marqué par les Beatles il s’installe ensuite à Los Angeles où un soir, comme par magie il fait la connaissance d’un autre amoureux des scarabées : Jim McGuin. Coup de foudre ? Ils montent un groupe le lendemain avec David Crosby histoire un peu miraculeuse mais bon ! le trio prend le nom de The Jet Set, bientôt transformé en Beetfeaters puis enfin The Byrds avec l’arrivé de Chris Hillman et de Michael Clarke.
Le premier 45 tours des Byrds "Mr Tambourine Man" sorte de réponse américaine aux Beatles est une déflagration, les Byrds deviennent du jour au lendemain des stars et le premier album sort bientôt, on y trouve trois composition de Dylan et surtout cinq morceaux tous excellents de Gene Clark, le brillant "Feel A Whole Let Better" est bien l’égal des Beatles ; bon, les Byrds ne maîtrisent pas trop leurs instruments (fameuse Rickenbaker), et à part McGuin les séances sont enregistrées par des musiciens de studio.
En Aout 1965 le Byrds triomphent en Angleterre, l’album "Turn Turn" sort en décembre 1965, au programme trois compositions de Clark décidément l’oyseau le plus fécond.
1966 sera donc l’année de trop pour Clark, tout commence avec l’interdiction sur les ondes de " Eight Miles High " pour cause d’incitation à la drogue, les Byrds hypocrites nient farouchement, Gene Clark est jalousé au sein du groupe pour ses chansons, trop de droits d’auteurs !
et pour ses conquêtes féminines (il affiche un look de dandy très seyant en effet)... il est en plus chahuté par Crosby qui lui reproche son incompétence technique notamment en concert, en fait Clark est trop délicat pour les Byrds, trop fragile et introspectif, il quitte donc le groupe, le prétexte de sa phobie des avions étant parfait et McGuin finaud pourra lui dire " Mec quand on est un oiseau, on vole ". Quel con !!
Alors donc Clark quitte les Byrds et l’oiseau aux ailes brisées va devenir au fil du temps de plus en plus touchant et il va flirter avec des abîmes magnifiques...
Apres quelques mois, et avec l’aide de Van Dyke Parks de Crhis Hillman et Michael Clarke, il enregistre " Gene Clark Whith the Gosdin Brothers ", excellent et nostalgique avec le magnifique Echoes, puis deux albums de bluegrass (que je ne connais pas) avec Doug Dillard.
Il passe un bref moment au sein des Flyin’ Burrito Brothers, et enregistre ensuite en 1971 "With light", comme un seconde naissance, un disque d’un simplicité désarmante, très nu et dépouillé souvent guitare et harmonicas pas plus, où sa voix hésitante et vulnérable fait merveille, un mélange de country et de folk céleste quoi ; le sommet de l’album, "Spanish Guitar" est une ballade magnifique, une chanson merveilleusement apaisée d’une simplicité extraordinaire et sereine, je défie quiconque de ne pas être touché par la partie d’harmonica - c’est une chose que l’on oublie pas, un peu le repos du Cow Boy avant le terrifiant No Other, LE disque extraordinaire et je pèse mes mots de Gene Clark, sorti en 1974 il va asseoir la réputation mythique de l’oyseau, sorte de monolithe inquiétant au cœur des seventies (du country-rock dépressif n’importe quoi) il est pour moi l’un des sommets de cette époque comme un symptôme du début des seventies, une immense geule de bois carabinée faite d’illusions perdues, un réveil douloureux à l’instar du troisième Big Star et un peu aussi comme le Rock Bottom de Wyatt qui est pour les mêmes raisons déchirant mais est lui plutôt une renaissance sublime.
No Other est donc un album magnifique les titres les moins réussies sont du niveaux du meilleur Neil Young, quant aux autres on change de dimension, déglingués, boursouflés des flots d’émotions à l’état brut, Clark timide se lâche vraiment et il invente un Country-Rock psychédélique inouï (jamais entendu), les paroles sont allumées et parfois terrifiantes " on a tous besoin d’un fix par les temps qui courent " !
Après cette cîme (abîme ?) Clark ne pouvait que redescendre petit à petit au niveau de la mer, "Two sides of Every Story" (1977), et quelques disques plus anodins plus loin et une réformation inutile des Byrds originaux, il s’enfoncera imperturbablement et avec délicatesse dans la drogue l’alcool et la dépression histoire d’assumer sa réputation mythique, avant de mourir oublié en 1991.
Discographie
1967 Echoes Columbia/Legac
1967 Gene Clark with the Gosdin Brothers Sundazed
1969 Fantastic Expedition A&M
1969 Through the Morning A&M
1969 Gene Clark Together
1971 American Flyer MediaArts
1972 White Light [Raven] A&M
1972 Roadmaster Demon
1974 No Other Collectors’
1977 Two Sides to Every Story Polydor
1987 Firebyrd M.I.L.
1987 So Rebellious a Lover Demon
1992 Silhouetted in Light Edsel
2002 White Light [Bonus Tracks] Universal
2003 No Other [Bonus Tracks] WEA
2003 So Rebellious a Lover [Bonus Tracks] Fuel 2000
2003 Under the Silvery Moon Delta Deluxe
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