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pour moi, dylan a apporté deux choses essentielles et en tous cas totalement nouvelles au statut de superstar de la pop (pop au sens large, hein).
1- il a définitivement montré que la compétence en tant que chanteur n'était pas obligatoire, à cette époque (1964-1966) où n'importe qui chantait n'importe quoi pourvu qu'il avait un joli brin de voix et un physique qui passait bien. en fait au lieu de chanter, il disait. il a balayé les starac de l'époque avec ses textes, et le public fasciné (qu'il comprenne les paroles ou pas) croyait atteindre à un stade supérieur d'intelligence rien qu'en écoutant des chansons populaires, une révolution en somme. ça c'est pour le commencement.
2- ensuite, il a prouvé qu'il était possible de se foutre éperduement de la mode et malgré cela de durer, ce qu'il a fait en changeant de style, d'inspiration, de look, et même de voix. plusieurs fois. à contretemps. il n'a jamais suivi le public, mais le public a accepté de le suivre. c'est assez unique finalement.
dans sa disco presque tout est bon, mais il faut bien situer les albums les uns par rapport aux autres.
Bob Dylan (1962) le premier album, peu de compos (mais l'une s'appelle significativement "song to woody"). dylan à 20 ans a déjà du style, mais pas vraiment le sien, de l'allure, mais il ne se veut pas encore autre chose qu'un nouveau woody guthrie, il n'a pas encore le culot de montrer sa vraie pesonnalité.
the freewheelin' bob dylan (1963) et the times they are a-changin' (1964) sont les deux premiers grands disques de dylan. du folk pur encore, mais déjà du pur dylan. la voix âcre et monotone, il balance son flow de rimes impossibles et d'images totalement nouvelles, le tout avec sa posture de protest-singer numéro un, il est le pape de greenwich village, lui et sa guitare, et "blowin' in the wind".
another side of bob dylan (1964) n'est pas, malgré son titre, d'un style différent que les précédents, c'est encore du pur folk, mais ce qu'il montre de nouveau, c'est l'inspiration plus personnelle, dylan commence déjà à comprendre qu'une guitare ne suffit pas à changer le monde ni à tuer tous les fascistes, alors autant essayer au moins d'apporter un peu de beauté ici-bas. ce disque est moins connu que les autres, mais il est peut-être le plus simplement beau à ce stade de sa carrière.
bringing it all back home (1965), parfois appelé simplement subterranean homesick blues, du nom d'une des chansons de ce disque, est presque une bombe, enfin c'est le détonateur des bombes qui vont suivre ; dylan commence à s'aventuer dans le rock, et du coup il invente le folk-rock. sur ce disque on trouve le célébrissime "mr tambourine man", chanson qui à elle seule change la face de la musique pop.
highway 61 revisited (1965), blonde on blonde (1966) et john wesley harding (1967), c'est la trilogie fantastique, le must, la crème de la crème, enfin je crois (et je ne suis pas le seul à le croire). c'est bien simple, sur n'importe laquelle de ses compos, le premier chanteur venu bâtirait une carrière. toutes sont des classiques. toutes sont des tubes. de l'humour ravageur de "rainy day women #12 and 35" à la tendresse de "just like a woman", de la flamboyance destroy de "highway 61" à la poésie inédite de "all along the watchtower", de la beauté bizarre de "ballad of a thin man" à celle, incroyabelemtn profonde, de "sad eyed lady of the lowlands", ces trois disques sont inépuisables, insondables, indémodables, éternels. l'inspiration est tellement riche qu'elle eclipse presque la qualité de l'invention musicale : portant, dylan porte à son point culminant son style unique fait de folk, de blues, de boogie, de rock électrique et parfois de collages quasi-dadaïstes (la sirène de la voiture jouet dans "highway 61").
nashville skyline (1969), après ça, un accident de moto et un exil plus ou moins volontaire, cela sonne comme une claque inattendue. il faut imaginer que dylan était quasiment l'égal de dieu pour ses fans, tout le monde reprenait ses chansons, des byrds à hendrix, ses apparitions en concert étaient des des célébrations, et voilà qu'il revenait avec un album de pure country music... de la country music!!! tout ce que son public détestait ! cette musique de rednecks réactionnaires, de cowboys à la john wayne, de fermiers abrutis... à l'époque johnny cash était encore honni par l'establishment pop. n'empêche, après coup, on s'aperçoit que dylan avait raison de bousculer ses fans, de replacer la country au centre de la musique pop américaine, et justement, de rappeler que ce n'était pas qu'une musique de ploucs. dylan+cash en duo dans "girl from the north country", et dylan avec sa toute nouvelle voix dans "lay lady lay", bien des fans ne lui pardonneront pas ce qu'ils croient être une trahison, mais qui n'est qu'un des nombreux avatars d'un artiste mort plusieurs fois, et qui n'en est pas à sa dernière renaissance.
comme libéré, mais toujours protégé par son band, dylan entre dans la légende à moins de trente ans, et mènera sa vie comme il l'entend, en tournée perpétuelle, guitare-harmonica-voix, et laissera périodiquement quelques merveilles comme blood on the tracks (1974), desire (1976), d'autres disques comme les sous-estimés slow train coming (1979) et infidels (1983), oh mercy (1989), tous intéressants, voire passionnants, mais dylan a déjà écrit sa légende, et elle est tellement riche que personne ne lui en voudra de vivre dessus.
_________________ "Moi j'aime mieux les tableaux genre La Joconde, parce que, au moins, ça a gardé le caractère musée..."
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