Avec un petit peu de conviction c ‘est possible
Longtemps je me suis couché de bonne heure mais je ne dormais pas vraiment je lisais caché sous mes draps une lampe de poche dissimulée dans un coin, je lisais tout et n’importe quoi Simenon,Hugo ,Alexandre Dumas les San Antonio du grand Frederic Dard, Hergé et même très jeune le journal de Mickey, je lisais aussi le Petit Larousse et j’adorais rêver devant les Atlas de géographie imaginant tous ces pays exotiques, tous ces noms improbables, Tananarive, Vladivostok, Vesoul , puis doucement la littérature ma accaparé un peu plus alors je suis sorti de mon lit et j’ai commencé à lire au grand jour avec inquiétude quand même, j’ai découvert des frères secrets dont l’existence m’était jusqu’à présent cachée, Kafka le petit employé Praguois toujours aussi peut à l’aise que moi, toujours amoureux de filles qui s’évaporaient comme par enchantement, toujours incompris devant la porte du château pauvre garçon, et ensuite vint Marcel Proust et ses phrases interminables une philosophie de l’existence insoupçonnée, des phrases comme celle ci« quand on aime l’amour est trop grand pour pouvoir être contenu tout entier en nous, il irradie vers la personne aimée, rencontre en elle une surface qui l’arrête la force à revenir à son point de départ et c’est ce choc en retour de notre propre tendresse que nous appelons les sentiments de l’autre » et jack Kerouac, Sur La Route ou comment faire parti du cosmos de la plus petite de no cellules à la plus grande de nos émotions, et l’enfance vue par Julien Green, Jeunes Années, une confession poignante de délicatesse et de subtilité, et Robert Walser frère secret de Kafka lui aussi (Les Enfants Tanner), et Beckett, Molloy et si la seule façon d’existé c’était celle ci ?
Et Chateaubriand merveilleux guide touristique, et le Vicomte Lautréamont, et Raymond Roussel, et le mode d’emploi de Perec ,et la légèreté de Nabokov « Oh laissez moi être sentimental, je suis si las de ce masque de cynisme » et la belle lourdeur parfois de Breton (la beauté sera convulsive….Ou ne seras pas !),et Guy Debord, Queneau, Ramuz, Artaud, Bataille, Nietzsche, Musil, Bachelard, Mann, Schnizler la liste est trop longue…… merci les écrivains qoui
j’ai fait un petit tour dans ma bibliothèque et j’ai ressorti presque par hasard quelques livres, un Berroyer « Je Suis Décevant » qui allie avec bonheur fausse naïveté autodérision avec même parfois beaucoup d’émotion, si vous ne connaissez pas le Berroyer « écrivain » lisez le c’est toujours du pur bonheur, sinon vous pouvez vous précipiter sereinement vers le « Au-delà du Fleuve et Sous les Arbres » du grand Hemingway, une livre sur le temps qui passe sur la vieillesse qui arrive doucement sur l’amour et sur Venise, une sorte de chant mortifère qui éclaire a posteriori la fin tragique du père Hemingway, un autre chant délicat c’est celui de Carson Mc Cullers et de son « Cœur Est Un Chasseur Solitaire » la ce n ‘est plus de vieillesse dont on parle mais d’un adieu déchirant à l’enfance, dans un genre plus bourru quoique non dénué de style « La Main Coupée » de Blaise Cendrars l’un des plus beaux récits sur la guerre de 14, terrifiant et pourtant on lit tout ça avec délectation (la version Allemande de la grande guerre c’est chez Junger « Orages D’aciers »), autrement qui connaît Henri Thomas ? Traducteur de Jünger, Goethe, Pouchkine, Melville c’est aussi un écrivain secret a la prose un peu inquiète et brumeuse, a lire en priorité disponible dans la collection l’imaginaire chez Gallimard, « le Précepteur » et « « John Perkins », dans la même collection et si vous ne vous faites pas rougir tout seul il faut lire aussi un livre démesuré et tout de suite s’il vous plaît « Le Château De Cène » de Bernard Noel, Ovni pornographique censuré pendant des années, c’est un livre comment dire ? Incandescent, c’est une chose qui brûle l’âme vraiment et c’est aussi de la parfaite poésie.
J’ai ressorti par le plus grand des hasards quelques livres,. Tout d’abord l’ Agostino d’Alberto Moravia qui est un magnifique petit livre sur l’adolescence, la découverte de la sexualité et de la violence qu’elle entraîne, l’abandon de l’état d’enfance lumineux vers des choses plus ténébreuses et insoupçonnés c’est un bon livre et il faut lire Moravia auteur assez mésestimé, ensuite vous pouvez vous plonger sans sourciller dans Le Piéton De Paris de Léon-Paul Fargue qui est une merveilleuse description du Paris de l’entre deux guerres, fargue flâne délicatement entre la Tour Eiffel, Montmartre et le Marais et c’est toujours très amusant et tendre, un autre voyageur plus lointain et un plus sombre c’est Bruce Chatwin et son En Patagonie, grand livre de voyageur, grand livre tout court en fait ,très cocasse et passionnent pour ceux qui comme moi font une légère fixation sur la dite Patagonie « Il n’y a plus que la Patagonie, La Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse…»(Cendrars) , ensuite vous pouvez vous bousiller tranquillement le moral avec Nécropolis de Herbert Liebermann, l’un des thrillers les plus glauques et terrifiant qui soit, le héros est médecin légiste ( brrr )et c’est aussi un grand livre sur New York.
« Le psychiatre sait tout et ne fait rien. Le chirurgien ne sait rien et fait tout. Le dermatologue ne sait rien et ne fait rien, Le médecin légiste sait tout, mais un jour trop tard »
Et une comète une ! Jean René Huguenin a traversé le paysage littéraire français avec une fulgurance et un de degré d’intensité assez exceptionnel, né en 1936 il débute à l’age de vingt ans par quelques articles dans l’hebdomadaire ARTS et fonde avec quelques amis qui ont pour noms Philippe Sollers et Jean Edern Allier la revue TEL QUEL, il publie en 1960 son premier roman La Cote Sauvage et quelques articles et essais plus tard il meurt dans un accident de voiture en 1962, la même année que Roger Nimier histoire de devenir un peu mythique mais de manière encore plus souterraine !
Bon derrière la petite légende en marche que reste t-il de lui ? Un roman La Cote Sauvage vraiment magnifique, subtil émouvant et sensuel, un roman solaire sur les sentiments d’un frère pour sa sœur sur encore l’enfance qui s’enfuie, un roman qui fini mal mais de manière très douce, reste aussi le Journal de Huguenin soit les états d’âmes d’un jeune homme au milieu du vingtième siècle, il y a une éternité ? Comme l’écriras le grand F Mauriac c’est l’œuvre d’un jeune homme qui avait pris la mesure de sa dépouille !
« Mammifères » de Pierre Merot est un roman très attachant notamment les cents premières pages qui sont extraordinaires je trouve, sur le manque d’amour la dépression et le refuge dans des paradis fortement alcoolisés c’est souvent assez beau voir lumineux, on a beaucoup parlé de Houellebecq à propos de Mérot la comparaison peur se faire, on sent que le bouquin est un peu coaché par « Flammarion » (Begbebidule !) pour choquer faire le beau de manière un peu trop intempestive parfois, le coté non consensuel et mal pensant voir un peu misogyne aussi, malgré tout c’est un livre souvent très beau et surtout le début je me répète extraordinaire comme suspendu au-dessus de vapeurs alcoolisées.
« L’époque est médiocre. Plus l’époque est médiocre plus l’insatisfaction est immense ; Des cœurs solitaires battent en silence cote à cote, contenue ou inconsciente. L’éclatement est proche.
Autrement vous pouvez lire le gros pavé d’Alain Gerber sur Chet Baker « Chet » justement c’est un roman biographique ou une bio romancée un peu sur le modèle de Citizen Kane, une succession de témoignages parfois fictifs parfois réels qui mixés malaxés donnent un sentiment d’intimité subtil avec «l ‘ange » Baker, évidement Gerber est extraordinairement érudit et c’est un passeur merveilleux ,il vous fera découvrir en contrebande une multitudes de Jazzmen, terriens, aériens et le plus souvent camés, très belles pages sur le détachement Bakerien et réhabilitation un peu du jazz blanc West Coast.
On peu lire Chet avec ouvert en permanence le Dictionnaire du Jazz de Comolli, Carle et Clergeat ce qui peut éclairer les lecteurs un peu béotiens comme moi, ce qui permet aussi la découverte de destins singuliers et tragiques comme celui de Tony Fruscella …
« … et les mélodies tendres et sereines qui, d’être ainsi hyper-exposés et comme suspendues, basculent, en effet du coté de la douleur, mais légère et délicate, celle-ci masquée, jamais vraiment dite… »
Pour finir-je vous conseille « Les fruits du Congo » de Vialatte qui est surtout connu comme chroniqueur et comme traducteur de Kafka pourtant Vialatte est aussi un romancier merveilleux et « les fruits du Congo » est un roman délicieux à l’humour un peu brumeux. (c’est un conseil d’ami)
Heu vieux post Grottien
